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Dans
l’eau glaciale, la stupeur me paralyse. Je suis face à
moi-même et
je n’y peux rien. Je n’y comprends rien. La mort, je suppose.
Cette chose
me sourit. Elle s’approche de moi et d’un coup sec, m’entoure
de ses bras, me serre contre elle. La pression est si forte que la
masse s’introduit à l’intérieur de moi par
les pores de ma peau. Noir. Ellipse.
Je reprends conscience. J’entends des sons. Étouffé
par quelque chose.
Je ne peux pas bouger. Je sais que je suis encore en vie, mais je
ne peux pas bouger. Tout mon corps est paralysé. Coincé
dans une matière. Je ne peux pas ouvrir les yeux. Je vacille
un peu les doigts et j’arrive à déplacer cette
enveloppe. Je comprends alors que je suis sous terre. Les autres m’ont
repêché et m’ont enterré. Mes dents confirment
la chose lorsqu’elles se grafignent des grains de sable. J’ai
du mal à respirer d’autant plus que mon cœur palpite
de panique. Au-dessus de moi, je les entends. Leur vie continue. J’essaie
en vain de crier, mais la terre compresse ma bouche.
Je déploie tous mes membres disponibles pour déplacer
le sable qui m’emprisonne. Pendant des heures, je me démène
pour gagner quelques centimètres de liberté. Mourir
deux fois dans la même journée est chose inespérée.
Ma conquête s’étale sur quelques heures. Au bout
d’un certain temps, il commence à pleuvoir. Le sable
laisse échapper quelques larmes. Mais cette tristesse se transforme
en tempête. Le sable se modifie. Devient quelqu’un d’autre.
Ma prison se ramollit. La boue me laisse me déplacer.
Je me dégage du mieux que je peux, mais au moment où
je viens pour me relever sur mes jambes, je faiblis, je bascule et
tombe à nouveau au sol.
À plat ventre dans la boue. Le visage plongé dans une
accumulation d’eau, je revis la sensation de noyade. À
ce moment bien précis, j’éprouve à nouveau
le désir de mourir. Temps. Je me retourne sur le dos. Épuisé
de tout ce cirque. La pluie nettoie mon visage. L’eau emporte
avec elle des morceaux d’île. Je ne suis plus rien. Autour
de moi, il n’y a plus rien. Les autres semblent disparus. Je
veux rester là et me laisser mourir pour la troisième
fois aujourd’hui. Et vous comprendrez pourquoi. À côté
de moi,
la pluie qui se déchaîne sculpte dans la boue sa plus
belle œuvre. À côté
de moi apparaît le corps inerte d’Anna.
© Pascal
Lafond
Photo : Pierre Kauffmann
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Cie KMK
/ IDYLLE - Les
Escales Improbables.
Montréal / septembre 2007
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