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Une autre journée où je ne sais pas quoi penser. Le
vent argumente avec lui même, s’emportant parfois pour
un rien. Les pieds dans l’eau, je cherche.
À manger d’abord, mais ensuite un éventuel trésor.
J’éventre le fond de l’eau avec mes mains pendant
que mes yeux scrutent l’horizon à la recherche d’Anna.
J’aperçois tous les autres qui se démènent
pour comprendre leur nouveau quotidien de naufragés, mais je
ne la vois pas. Depuis le premier jour, sa beauté traîne
dans ma tête. Je la dessine du mieux que je peux
et m’en inspire pour m’endormir. Je ne lui ai pas encore
parlé et je travaille
pour réapprendre à sourire.
L’eau m’enrobe de sa froideur jusqu’aux genoux et
m’agresse en me lançant mille frissons à travers
le corps. J’entretiens un rapport platonique avec l’eau.
Je n’ai jamais appris à nager. La nature est trop forte
pour moi. Il faudrait que j’apprenne. « Je t’apprendrai,
moi si tu veux ! » Cette douce voix déchire ma bulle.
Je me croyais seul, mais Anna est derrière moi et visiblement
je parle à voix haute.
Tranquillement je me retourne vers elle, un peu malaisé par
l’effet de surprise. Je ne la regarde pas tout de suite. Je
souris pour dissimuler la gêne sur mon visage. Mes yeux voguent
sur l’eau jusqu’à ce qu’ils captent ses jambes
et puis ses hanches et ils remontent jusqu’à ses yeux.
Je n’ai pas
le temps de lier mon regard au sien ou même de lui offrir une
bribe de sourire que d’un coup sec et elle me pousse et me fait
basculer dans l’eau.
Je panique. Je suis emporté au fond de l’eau et je me
débats du mieux que
je peux pour rester à la surface des deux pieds d’eau.
Anna est debout devant moi et rigole. Les autres sur la rive ne s’aperçoivent
même pas que
je me noie… et que je suis complètement amoureux.
© Pascal Lafond
Photo : Pierre Kauffmann |
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Cie KMK
/ IDYLLE - Les Escales Improbables.
Montréal / septembre 2007
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