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L’homme
de sable avait disparu sans laisser aucune trace. Bouffé par
les abeilles, la seule chose qui restait de lui était un sandwich.
Sa main, séparée de son corps, traînait au sol
et empoignait toujours ledit sandwich chargé
de mayonnaise aux quatres moutardes, luzerne biologique, lardon végétarien,
poivrons marinés, fromage de chèvre, de zestes de citron
et de tofu.
Sans toutefois oublier la fleur de sel et un peu de poivre long quand
même…
Ce n’est pas parce qu’on est échoué sur
une île déserte qu’on manque de goût !
Sa main sur le sol s’obstine et tient toujours le sandwich qui
titille de son parfum le nez de ces bestioles jusqu’à
les rendre folles !!! Prêtes à tout pour se faire exploser
l’abdomen et ne redoutant aucunement les reflux gastriques et
les gênantes flatuosités, les petites bestioles (ou les
bizbiteuse pour les intimes) s’adonnent maintenant à
une liberté gastronomique. Elles mangent de tout: fleurs, fruits,
arbres, sable, tout !!! Rien ne leur résiste.
Et croyez-moi, nous n’allons pas y faire exception…
L’appétit vorace des bizbiteuses avait transformé
ce paradis sur mer en
une île chauve, fade et insipide. L’île rétrécissait
à chaque jour. N’ayant
rien mangé depuis des lunes, je refuse de laisser filer l’occasion
de déguster un sandwich. J’étais prêt à
tout.
Profitant de leur désordre occasionné par cette exicitation
gustative qui
les fait ainsi cacophonier d’un « bizzzz » et ou
le dard pointe vers le haut,
je prends mes jambes à mon cou, j’empoigne le sandwich
et au moment où ma main s’empare du trésor comestible,
je décoche un cri à Anna : «Sauve qui peut !!!!!
» Anna, qui s’était endormie au soleil, se leve
la tête drastiquement, comme si elle venait de voir un fantôme
ou d’entendre
la chanson « Dominique-que-nique-que-nique… » Et
c’est lorsqu’elle me voit courir à m’en faire
pleurer de sang les poumons qu’elle se lève et qu’elle
court à son tour.
Nous courons, nous courons et nous courons encore. Pourchassés
par
ce gigantesque nuage d’abeilles, je laisse filer à contre
cœur quelques morceaux du sandwich en ne souhaitant qu’une
chose, atteindre notre maison de métal, certes, mais que le
tofu reste emprisonné entre les tranches de miches.
© Pascal
Lafond
Photo : Eve Desrosiers
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Cie KMK
/ IDYLLE - Les Escales Improbables.
Montréal / septembre 2007
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