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Huitième cadre


- Vous m’aspirez
Vous me dézinguez du dedans
Vous passez et l’horizon devient oblique
Vous tournez au coin de la rue, déjà je traverse, je cours, je laisse la caisse d’épargne dans le flou, je zizague le parking et paf ! me voilà devant vous juste pour regarder l’or de vos yeux quand vous me croisez
Je vous appelle papillon lampe
La nuit je suis ébloui
Je suis ébloui en rêve
D’ailleurs je ne rêve plus
Plus besoin
J’ai votre soleil sous les paupières
Dès que vous parlez c’est tout un orchestre que j’entends
Surtout les violons
Je frissonne
Je frissonne au point que les réverbères eux-mêmes dansent le tango
Vous m’assassinez et j’en redemande
Votre présence m’est plus solide qu’une église, qu’une colline en été, que la tombe de ma mère avec son aubépine
S’il vous plaît ne me laissez pas orphelin d’âme
Votre silence me perce, me dégouline transparent, me liquéfie en flaque d’eau
On ne peut vivre avec seulement son reflet pour conjoint, il dit
- Arrête houlàlà arrête
Depuis des lustres le même discours, elle dit
- C’est ta silhouette, tu sais bien, ta silhouette
Déjà à 18 ans bing ! et j’en ai 57 toutes mes dents, il dit
- Va donc en reprendre une
Comme toujours tu finiras dans les papiers de sucre, les dessous de bière, les tickets perdants, les mégots de cigarette
Qu’est-ce que tu veux !
A croire que t’es pas né pour vivre debout, elle dit.

texte © Bruno Allain
son © Simon Paris

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