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Douzième cadre

Il joue de la basse dans la fanfare. Il ne connaît que trois notes : do, fa, sol. Ça suffit. Il porte une bague en or avec un grand M marqué dessus. Enfant, il courait sur le haut des murets et sautait de là où c’est vertigineux en tenant un parapluie en guise de parachute. Il cultive des tomates, des haricots, des carottes, des fraises, des radis et cetera dans une parcelle de l’autre côté de la route mais ça ne pousse pas bien. Sauf les choux. A quarante ans, il devient employé de mairie. Fonctionnaire ça lui plaît moyen moyen mais sa moitié préfère la sécurité. Il était mécanicien, le voilà chargé de la voirie. A vingt ans, il s’achète une chemise rose pétard à col dur. Il se trouve sublime dedans bien que ses copains le traite de pédé. Il s’engage dans la marine marchande, il voyage dans le monde entier, il voit les îles les plus enivrantes du globe et tient dans ses bras les créatures les plus sublimes, mais lui, il dit : le plus beau dans mon cœur, c’est ici. Il collectionne les capsules de champagne. Il en a des centaines. Il a fabriqué un meuble à tiroirs pour les ranger avec cases nominatives et dates de provenance. Dans les fêtes, c’est à cause de ça qu’on le récupère à quatre pattes sous les tables. Lui, il dit : « c’est que j’adore les jambes des femmes ».

texte © Bruno Allain
son © Simon Paris

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