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Dixième cadre

La Bossue 10.
Le grand lustukru

« Venez par ici
Enfants de Nangis
Suivez la Bossue
Vous s’rez pas déçus
…du voyage ! »

Tous les gens croient que je suis bossue. Mais c’est faux. C’est à cause du grand sac que j’ai dans le dos. Un sac où je mets les enfants pas sages pour les apporter au Grand Lustukru qui les dévorera tout crus. C’est une légende ? Bien sûr, quoique…
C’est bien pratique les légendes : Le Père Noël et le Marchand de Sable, et le Grand Méchant Loup…
Moi, je suis La Bossue !
En fait, c’est le Syndicat d’Initiative qui m’a embauchée.
Avant, j’étais comédienne, intermittente du spectacle, mais comme ce n’est pas ma retraite qui me suffit pour vivre, je suis bien contente d’avoir ce petit boulot.
La Mère Fouettard, ça faisait ringard. La Befana, les gens ne connaissent pas, la Fée Carabosse, tiens, tiens ! La Bossue, voilà, c’est trouvé, c’est juste bien.
Avec mon sac sur le dos, j’attrape les chats et les chiens des rues. J’en fait du pâté de lapin, ça me fait la main. Et si des parents ont des difficultés avec un enfant désobéissant, qui ne voudrait pas manger sa soupe, par exemple (ou son pâté de lapin), ou qui se mettrait les doigts dans le nez, il suffit de m’appeler :

« Bossue, viens m’débarrasser
De cet enfant mal élevé
Rien n’y fait, ni les fessées
Ni les claques
Mets-le dans l’sac ! »

Et hop, j’accours ! Avec ma besace et mon hachoir à pâté !
Mais bon, la comédie s’arrête là. Après une si grande frousse, je vous prie de croire qu’il file doux, le marmot. Sage comme une image !
Par exemple, il suffit que je frappe aux carreaux, un soir d’hiver, et tout de suite il va faire dodo, l’enfant do, l’enfant do-du, l’enfant do-cile. Et je repars dans la nuit avec mon chat qui gigote dans le sac. (Mon chat c’est Grimace, mon vieux complice. Parce que le coup du pâté de lapin, c’est du pipeau. Je ne ferais pas de mal à une mouche, alors, un chat, pensez !)

Mais à ce jour, ils me doivent trois mois d’arriérés, mes employeurs.
Ils ne croient quand même pas que je vais continuer à les terroriser gratis, leurs moufflets, avec ma bosse. J’aime trop les gosses !
S’ils ne me donnent pas mon dû, ils vont entendre parler de La Bossue. Car je sais jouer de la flûte, moi, et ça, ce n’est pas du pipeau !
Je ferai comme le joueur de Haarlem. J’emmènerai tous les enfants à la queue leu leu et j’irai avec eux au fin fond de la plaine…

… Et là on rencontrera le Grand Lustukru.
S’il existe ? Bien sûr. C’est mon mari ! Il est montreur de marionnettes et d’ombres chinoises. Un vrai gars gentil. Son seul défaut ? Il a un appétit d’ogre !

Texte © Bernard Sultan
Son © Simon Paris

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