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Cinquième cadre

Le jardinier avait déjà bien avancé dans son travail. Il entendit des éclats de voix et leva la tête. Cela provenait du vieux kiosque en face. Le vent se mit à souffler dans le parc et emporta les paroles que Bop ne put comprendre. Toutefois, l’altercation lui permit de capter dans un éclat de voix une énergie, une affirmation de soi, une attaque sonore qui aurait voulu dressé les mots commes des bêtes fauves et les présenter en ordres indicutables. Il connaissait très bien l’autre voix. Elle était monotonne, très accentuée dans ses profondeurs puis montait lentement et tombait comme une hache ! Elle n’avait pas besoin de beaucoup de mots.

Monsieur Bop n’a jamais appris à lire ni à écrire mais il a toujours eu dans la poche de son bleu de travail un carnet et un crayon. Il tient ses notes à sa manière et ses hachures, ses taches, ses lignes, ses points dessinent une réalité au-delà des apparences. Ses tourbillons, ses cascades, ses orages viennent du fond de son coeur...

Bop referma son carnet et le remit dans sa poche. Il avait gribouillé quelque chose qui ressemblait vaguement à un rocher marqué de points, traversé de lignes. Mais si quelqu’un avait eu l’idée de renversé ce rocher sur la gauche, il aurait pu y voir une carte des Pyrénées avec des villes et des routes de chaque côté de la frontière. Ca lui était venu comme ça, au bout du crayon, sans réfléchir.

© Raymond Blard

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