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Vendredi 29 juin 2007

Jour 7

Le sac (7)

L’énigme du sac et de la femme qui l’avait jeté dans la Loire perdurait.
La piste de Suzanna n’était qu’une supposition en attente de preuve. Lui demander directement une confirmation hier m’avait paru indécent. Je n’avais aucune réponse non plus sur le sort du sac. Suzanna aurait-elle regretté son acte ? Se serait-elle débrouillée pour le reprendre après l’avoir vu bloquer au milieu de l’eau ? (elle aurait tiré elle-même ou avec l’aide de quelqu’un la ligne de vie) ou bien fallait-il rester sur la thèse du vol ou sur celle du courant qui l’aurait emporté ? Une autre question me perturbait. Pourquoi n’avait-elle pas dispersé toutes ses lettres à Pascal directement dans l’eau. Je réfléchissais à tout cela lors de ma promenade quotidienne le long de la Loire, quai Paul Bert le lendemain de ma dernière rencontre avec Suzanna, quand tout à coup je vis un homme d’une trentaine d’années passer sur le chemin en portant deux sacs similaires à celui de la femme aux cheveux noirs.

Je décidai de le suivre. Il marchait d’un pas vif. Soudain, il remonta vers la route, la traversa, franchit la grille ouverte d’un terrain où stationnaient cinq caravanes et quelques voitures. Je ne connaissais pas d’autres endroits sur cette rive sans jardin ni maison en dure. Je remarquai pourtant une boite aux lettres à l’entrée. Deux cabanons de jardinier servaient de débarras, du linge séchait sur des fils tendus (j’aimais cette impudeur de montrer ses culottes aux gens, cette humilité de les offrir aux vents et au soleil). Je pu déduire de cette lessive suspendue qui habitait ici. Des femmes et des hommes d’âges différents, des enfants, filles et garçons, quatre ou cinq peut-être, ni pauvres ni riches, vivaient dans ce camp. Une piscine gonflable au fond du terrain attendait les cris des enfants. L’immatriculation des caravanes m’indiqua leur provenance, quatre régions françaises étaient représentées. « Des gens en vacances », pensai-je. Le silence régnait ici en ce milieu d’après-midi. Les caravanes semblaient inoccupées. L’homme entra dans l’une d’elles muni des deux sacs. Il y resta quelques minutes puis en ressorti en s’essuyant les mains et le visage avec une serviette. Un chien, sans doute endormi dans sa niche à l’entrée, se réveilla en me voyant et se manifesta en aboyant deux fois. Je fis semblant de regarder la Loire qui s’écoulait à une dizaine de mètres en contrebas quand l’homme se tourna vers la route. Comment aborder cet inconnu ? Comment évoquer les sacs et leur contenu ? J’espérai vivement y trouver les lettres de Suzanna dont j’étais si curieux. En aurait-elle jeté deux sacs dans la Loire ?

© Olivier Charneux

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