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Samedi 30 juin 2007

jour 8

Le sac (8)

L’homme aux deux sacs s’approcha de moi. J’avais pensé pourtant avoir été discret lors de ma filature jusqu’à son campement provisoire. Je lui adressai tout de suite la parole pour désamorcer son inquiétude ou la mienne. Il paraissait costaud. Hélas, je m’empêtrais dans mes mensonges.

— Bonjour Monsieur, excusez-moi. Je vous ai vu emmener deux sacs tout
à l’heure et je me demandais où vous les aviez trouvés.
— Pourquoi ? Vous voulez me les acheter ?
— Non, j’en ai perdu un hier, le même que le votre et…
— Vous me soupçonnez d’avoir volé votre sac ?
— Non, pas du tout. Je voulais juste savoir, si par hasard, vous n’auriez pas vu un sac comme le votre, avec des lettres ou des cartes postales à l’intérieur, échoué sur la rive. Je suis tombé à l’eau hier, le sac m’a échappé, il est parti dans les courants, impossible de le repêcher…
— Qu’est ce que c’est que cette histoire ? Vous vous foutez de moi ?
— Non, pas du tout. Je suis vraiment désolé.
— Et moi donc ! J’en ai assez qu’on nous soupçonne tout le temps, nous, les gitans de voler les poules. Passe ton chemin, jeune homme ou ça va mal finir.

Je bredouillais encore de plates excuses, je me sentais réellement confus, la situation me dépassait totalement, je devins blême sans doute car au moment où j’allais rebrousser chemin, il me héla.

— Attends ! Reviens ! Je vais te les montrer mes sacs. Comme ça, tu verras ce qu’il y a dedans.

Il alla chercher les deux sacs dans la caravane, les ouvrit devant moi sur le trottoir.

— Alors ? Ta collection de cartes postales s’est transformée en chemises neuves ?
— Je suis vraiment désolé.

Face à mon désarroi, il m’invita à prendre un café sous un auvent. Il s’appelait Toni.
Il voulait me montrer par son invitation que les gitans n’avaient rien à cacher.

© Olivier Charneux

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