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Mardi 26 juin 2007

Jour 4

Le sac (4)

Dieu ne m’apparut pas cette nuit là mais cette institutrice m’intriguait.
Le lendemain, j’allais au rendez-vous que nous nous étions fixés, au bar de la Place, en face de l’église, à quelques dizaines de mètres de la Loire.
Elle était déjà attablée en terrasse. Son verre de vin blanc largement entamé. L’alcool la rendait loquace avec des moments d’absence. Elle me raconta des bribes de sa vie d’une façon décousue. Je l’écoutai, essayai de recoudre.
Elle avait vécue dans une communauté dans un petit village prés d’ici, vers la fin des années 70. Placée par l’assistance publique, sa dernière nourrice l’avait mise à la porte à ses dix huit ans. C’est au bord de la Loire, quai Paul Bert, qu’elle rencontra un jeune homme de son âge qui la présenta au groupe où elle fut tout de suite intégrée. Le jour de leur rencontre, il pêchait pour nourrir la communauté.
Elle resta deux ans avec lui et ses dix amis puis elle s’en alla voyager deux ans. Quant elle revint, elle ne trouva plus personne. Le groupe s’était dispersé sans laisser d’adresse. Elle ne les a plus jamais revus, ni eu aucune nouvelle. Certains sont morts, pense t-elle. Tous les âges étaient représentés, les aînés avaient déjà plus de soixante ans à l’époque. Ce n’était pas pour autant les chefs. Il n’y avait pas de chef, du respect seulement et quelques règles à respecter comme la prise des repas en commun par exemple. L’argent recueilli par leur travail sur place (tissage, construction de métier à tisser) servait au groupe pour vivre. Chacun participait au jardinage, aux activités ménagères et à l’entretien des trois maisons dont ils disposaient. Les problèmes étaient mis sur la table dés qu’ils se posaient. Ils se parlaient. Les couples étaient respectés. Ils travaillaient en écoutant Mozart. La plupart pratiquait un instrument de musique, faisaient du sport. Les voisins les regardaient comme des anormaux. Leur seul achat au village se résumait au tabac. Ils achetaient l’essentiel chez les producteurs directement. Quant aux soirées avec les amis toujours bienvenus, elles furent mémorables. « C’était une bonne expérience, dit-elle. Beaucoup de gens devraient vivre cela. J’ai beaucoup appris sur moi-même et les autres. Nous avons eu beaucoup de chance de nous entendre comme cela. C’est très rare. Je n’ai d’ailleurs jamais pensé pouvoir retrouver une telle symbiose. »
Elle parlait tout en fumant cigarette sur cigarette. Après cette expérience, elle a erré pendant quelques années.
Un jour, elle a répondu à une annonce. Elle avait déjà fait des remplacements dans des écoles, avait passé des examens. Le hasard la ramenait sur les lieux de son premier amour qu’elle ne désespérait pas de retrouver un jour.
Elle attendait.

© Olivier Charneux

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