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Dimanche 24 juin 2007

Jour 2

Le Sac ( 2 )

Je passais une nuit agitée. Le sac retenu par la branche au milieu de ce bras de Loire qui traverse Tours accaparait mes pensées. Pourquoi cette femme s’en était-elle séparée ? Que cachait-il ? J’en oubliais mon rendez-vous matinal le lendemain avec mon directeur d’étude en histoire. Ma chambre était petite, fonctionnelle à l’image des chambres d’étudiants en cité, recueillant juste le nécessaire et cette neutralité propice aux études et à la réflexion. Une chaise, un bureau, un lit, un lavabo, un miroir, des murs en crépis jaunâtre, tel était mon environnement. Rien qui ne puisse m’éloigner de mes livres d’histoire. Pourtant, cet événement inattendu me perturbait.

J’essayais de chasser de mes pensées toutes explications sordides. Et si le sac abritait un corps découpé en morceau ? Je pensais à celui de son frère à cause des paroles de la chanson chantées par cette femme au moment de l’abandon de son sac dans les eaux. Le « tans pis pour mon frère » résonnait étrangement. Je préférai plutôt une version plus douce, un tas de linges sales par exemple ou des affaires dont elle aurait voulu se séparer à cause d’un deuil. Mon imagination débordait. Je pensais également à des livres qu’elle aurait envoyé dans le fleuve comme on lance des bouteilles à la mer mais leur poids les aurait entraînés au fond, des photos étaient plus plausibles. Je les imaginaient récentes ou anciennes, familiales ou amicales, tous ces Noëls, mariages, baptêmes, vacances à la mer, à la montagne, dîner entre amis, tous ces monuments et paysages que l’on est toujours content de prendre soi-même, comme une preuve d’existence, d’appropriation, elle les auraient abandonnées au courant.

Comment récupérer ce sac ? Cette question me taraudait. J’échafaudais des plans du plus simple au plus complexe, le plus simple étant d’emprunter une barque, le plus complexe : tendre des fils d’une rive à l’autre afin de m’y suspendre pour protéger ma traversée, une ligne de vie en somme. L’idée délirante du scaphandre muni d’un régulateur de pression inventé par Paul Bert me traversa enfin l’esprit. Protégé, j’arpenterai le lit du fleuve pour atteindre le fameux sac. Je m’endormis sur ces suppositions.

© Olivier Charneux

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