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Vendredi 26 mai 2006

Cinquième épisode

Un petit garçon en ciré jaune montre du doigt un bâteau, un chien, un arbre, une mouette. Oui, oui, il y a des mouettes à Paris. La mère suit le doigt de l’enfant et lui dit : bâteau, chien, arbre, pigeon...
Je marche sur le trottoir, quai de Seine. Devant le porche d’un immeuble, un homme discute avec une dame assise sur son vélo et trois policiers. En passant, je comprends que la maréchaussée dresse un procès verbal au concierge. Celui-ci a nettoyé sous le porche et évacué l’eau jusqu’au caniveau. Le trottoir est mouillé. C’est interdit. La dame à vélo ne comprend pas. Moi non plus.

— Et si quelqu’un tombait, explique un policier.
— Franchement, est-ce que ça glisse ? lance le concierge.
— Non, mais l’eau aurait pu être savonneuse...

Deux tables de ping pong en ciment trônent dans le square un peu plus loin. Sur l’une d’elle est dessiné un coeur avec dedans “Doudou, je t’aime”, signé Clarisse. En aucun cas, ce “Doudou” ne peut être le diminutif de Guillaume. Donc Clarisse aime ailleurs. Est-ce pour cela que Guillaume va si mal ?

On raconte que Epale, un matin, sortit des eaux du bassin. Ses yeux verts et la robe translucide collée à sa silhouette firent grand effet, en particulier auprès de Mamadou le pêcheur, le premier à l’avoir vu.
Ils s’aimèrent le jour, la nuit. Ils dansèrent la nuit, le jour.
Ils s’aimèrent encore le jour, la nuit. Puis un matin, Epale plongea dans le bassin et disparut à jamais. Mamadou en devint fou. Il invoqua le dieu des nuages, le dieu des eaux, le dieu des sanglots, le dieu des visages.

“Epal Epal Eur / Déesse B Schafler / Epal Epal Déesse / B Errebé Essène Céhef ! ”


En vain. Il s’accouda alors sur le pont de l’écluse et n’en bougea plus. Le vent petit à petit le fit s’évanouir en poussière. Allez-y. Peut-être entendrez-vous encore le soupir de Mamadou
au moment où s’ouvrent les portes en direction du chenal.

© Bruno Allain

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