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Vendredi 2 juin 2006

Douzième épisode

— Guillaume, il l’a pas eu, dit la jeune fille au sandwich crudités qui mord cette fois dans une pizza tiède.
— Toujours pas ? Ça, c’est une énigme, répond une voix dans mon dos.
— Je suis allé à la banque parce que j’étais très inquiet, je n’ai pas pu tenir, lance un homme en casquette à son téléphone portable.

Guillaume a-t-il des problèmes d’argent ? Attend-il un héritage ?
Est-il amoureux de l’employée qui s’occupe des comptes épargne logements, vous savez, la brunette avec le nez en trompette ?

— Guillaume, c’est mon cousin. Il était là le premier jour. Un blond. Aucun doute.
— Non, non, Guillaume, c’est le gars en canoé. Il mesure 1m 66. Pas plus. Parce que tu comprends ils lui ont refilé un modèle pour jeune fille. Moi, si je pagaie là-dedans, j’ai les genoux dans les narines.
— On m’a dit qu’il ne revenait pas, Guillaume. Mais moi bon tu sais pfff...
— Guillaume, il étudie le commerce. Il y a l’école à côté. Le trottoir, c’est leur cantine.
— Écoute, je pense que sa sexualité est flottante, à Guillaume. Il a dû avoir un père trop sévère ou myope.
— Guillaume a perdu un être cher. Voilà pourquoi il est malheureux. Seulement ça, secret, je n’en dis pas plus.
— Lequel de Guillaume ? Tu es marrant, j’en connais un tas, des Guillaume.
— Moi, j’ai reçu un coup de fil de Guillaume à 20h06. Il est papa depuis 9h15 ce matin, un fils arrivé avec 15 jours d’avance. Il n’a toujours pas de prénom.

Devant les deux ou trois cents bouteilles en plastique qui flottent dans un enclos, quelqu’un demande :
— Et vous avez bu tout ça ?
Je me surprends à répondre :
— Moi non, mais Guillaume oui.

© Bruno Allain

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