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Mardi 23 mai 2006

Deuxième épisode :

Petit matin. Pas de vent. Pas de courant. Surface lisse. Il se penche.
Il se voit. De face ? Pas tout à fait. Déformé : le menton en avant, les narines béantes, le regard dans l’ombre. Juste un reflet sur l’oeil gauche, éclair argenté. Gauche ? A vrai dire, avec l’effet miroir, il ne sait pas. Il faudrait qu’il réfléchisse. Il n’en a pas envie. Il se penche encore. Il devine le bord du quai qui s’enfonce dans l’eau café au lait. Sur quelques centimètres à peine :
la pierre disparaît dans le mystère des profondeurs. Il reste immobile.
Le temps passe. Un souffle suffit pour que la surface se ride. Un instant, son visage devient vieux, se brouille puis disparaît à son tour. Voilà le bassin envahi de vaguelettes comme un tableau abstrait. La toile vibre : triangles vert bronze, lignes beige boueuses, flashs bleu ciel. Il est toujours penché. Parfois sa bouche se reflète sur l’onde, fugitive. Parfois un morceau de plastique apparaît entre deux eaux puis s’évanouit dans les ténèbres. Parfois avec rage le clapot dessine un zigzag à la Hartung. La surface est un lieu où convergent trois mondes, pense-t-il.
Un de plus qu’on ne croit. Cette idée le réjouit.

Vu par Gauthier, 9 ans : il dicte, je note.
11h17 un monsieur assez gros promène son chien blanc et noir.
11h18 un moineau s’envole.
11h19 deux dames regardent le paysage, l’une est habillée d’une jupe, l’autre a l’air vieille, elles s’en vont.
11h19 un moineau sautille sur le sol.
11h20 un autre monsieur promène son chien. Le chien a des poils frisés. Le monsieur porte une veste beige, un jean et des chaussures marron.
11h21 il y a beaucoup de vent.
11h22 un canard se lave sur le ponton.
11h23 une ambulance passe, on entend la sirène.
11h24 j’ai froid.

— Et Guillaume, comment va-t-il ?
— Franchement ?
— C’est la Bérézina ?
— J’connais pas la... mais euh ouais c’est ça.

© Bruno Allain

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