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Jeudi 1er juin 2006

Onzième épisode

Je suis gris. Pas triste : gris miroitant, gris dans le sens “ivre”.
Ivre d’être là, ensemble. On approche, les amis, ça baigne.
Je m’interroge. Le réel souvent se maquille. Le n’importe quoi revêt parfois la grimace du vrai. Comment se frayer un chemin parmi les trompe-l’oeil, les brouille-bouche, les tait-l’oreille ?
En photographie, le mot que j’ai toujours préféré, c’est “révélateur”.
Dans l’agitation braillarde, l’artiste nettoie.

De l’autre côté du quai, un homme en chemisette m’intrigue.
Il tient une corde jaune avec un morceau de métal au bout, le jette dans l’eau et sonde le fond. Il monte, descend, remonte, redescend avec une douceur sensuelle inattendue. On dirait qu’il pêche à la dandinette au milieu des nénuphars. L’activité de ses compagnons derrière lui me permet de comprendre. Oui, il essaie de récupérer une boule de pétanque avec un aimant.

Bourama, 9 ans, a écrit devant la salle de bain : “Je vois un trou qui représente les toilettes. J’imagine un vieil homme aux cheveux blancs qui se lave. L’homme s’énerve sans arrêt puis se coiffe. Tout à coup, il sourit comme un jeune homme. Il sourit juste parce qu’il est
beau.”

© Bruno Allain

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