XMasquer le texte

Dimanche 28 mai 2006

Septième épisode

Le mouvement me fascine. Cascades, remous, déferlements.
Les tourbillons sont les yeux du fleuve. Ils observent le visage des
passants qui se penchent.
Je n’ai pas vingt ans. Je marche le long des berges. Les arbres ont des allures cubistes. Le trottoir humide, miroir du ciel, devient rivière. Je vais plus vite que le vent.
Tu fermes les yeux. Une onde de fatigue te parcourt. Vague à l’âme.
Il songe à cette maquilleuse aux mains lisses et aux prunelles
transparentes comme la banquise. Je l’avais oubliée. L’a-t-il vraiment
connue ?
Il existe des canaux où le reflet du paysage est plus immobile que le paysage lui-même. Enfant, tu adorais faire des barrages. Le voisin posait souvent des lignes de fond. En passant en barque,
nous en avions cassé une, d’un coup de rame, sans qu’il le sache. Le soir, il vînt nous voir tout excité : “E n’sais point de quéque y a yu mais ça qu’a fait un gros plouc”. Déjà il imaginait la bête mythique qui...
Quand tu t’approches de la rive, où regardes-tu en premier ? Vers la source ou vers l’embouchure ?
Je rêve parfois d’être une goutte d’eau, de me laisser emporter par le courant et de me fondre dans l’océan, anonyme. Je me dis que parfois je rêve de choses idiotes.
Il aime les fleuves amazoniens. Il aime la démesure. Il aime le déluge des tropiques. Il fait chaud. Il aime marcher sous l’averse, ivre de liberté. Il aime le raffut de la pluie sur la tôle. J’aime ce sentiment de déchaînement et de paix.

TAfficher le texte