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Samedi 15 septembre 2007

15.09.07

Je marine dans cette saumure naturelle. Je glisse paisiblement vers le confort de ma finitude. Personne ne semble venir à mon secours. Je sombre jusqu’au fond de ma vie sans trop me poser de question. Je suis mangé par la mer. Je retiens ma respiration du mieux que je peux en même temps que le peu d’espoir qu’il me reste. Mon air est pénible. La pression des lieux s’acharne sur moi à m’en faire gonfler le visage. L’eau profite de mon manque de concentration, réussit à me berner et à se frayer un passage. Le barrage que mes lèvres formaient cède carrément. Je suis submergé. De l’âme jusqu’aux pieds. J’attends avec impatience le film de ma vie pour qu’il me change les idées. Mais il n’arrive pas. Le temps s’étire devant mes yeux qui brûlent, déchiquetés par le salin. Le fluide s’empare de moi, prend possession de mon corps comme une île abandonnée. Je me noie.

Subitement, une force s’empare de moi et me projette vers le fond à une vitesse ahurissante. La mort est là. Elle sépare mon âme de mon corps. La décollant délicatement comme on le fait pour une étiquette autocollante !
On commence par le coin et on tire.

J’ai les yeux fermés et j’abuse de ma patience. La mer a des borborygmes. Beaucoup de bruit. Trop de bruit. D’étranges bruits. J’essaie en vain d’ouvrir les yeux. Dans le flou de mon regard, je vois une des masses se diriger vers moi. Elle remonte à la surface et je suis en plein dans sa trajectoire. Je regarde alors autour déployant les quelques gouttes de vie qu’il me reste et je distingue des milliers de masses. Elles se suivent et remontent à la surface. La douleur est si intense. Ma poitrine se compresse. Je n’en plus et je referme les yeux. Pour me reposer. Simplement. Soudain, mon corps est heurté par la masse. Elle est déjà là. J’ouvre à nouveau les yeux, mais la chose dégage une blancheur déconcertante. Je n’arrive pas à bien définir ce qu’il y a devant moi. Je m’efforce, je me concentre, je regarde et en plissant les yeux, je peaufine mon regard et je reconnais mon visage.

© Pascal Lafond

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