Mardi 11 septembre 2007

Mardi 11.09.2007

Jour de pluie. Assis par terre, dans l’obscurité, j’écoute mon cœur battre
et j’essaie en vain de faire l’arbitre entre mes idées qui se chamaillent.
Je n’y arrive pas. À l’extérieur, les gouttes de pluie se lancent dans le vide
et se fracassent le crâne contre le toit de notre maison de métal. L’écho de leur mort résonne par milliers. Je trouve la situation aliénante. Mon épiderme s’engourdit par les vibrations des moteurs de l’hélicoptère, les gens autour de moi font du bruit en mangeant et je sais que je ne gagnerai jamais à la loto. Tout est insupportable. Je m’accroche à la beauté de cette femme qui dort au fond de la pièce. Elle est sublime. Étendue contre le sol, malgré la froideur de la journée, elle semble si paisible. Je l’envie. Pour ma part, je ne dors plus depuis des jours. La nuit me refuse carrément. Je sais que ce sera fini bientôt. Très bientôt. Nous arriverons à destination. Soudain, la femme ouvre les yeux… Ils sont enlignés en direction des miens. Je suis étonné, engourdi toujours, mais déstabilisé. Ses commissures laissent apparaître un doux sourire qu’elle me lance, à moi. Je le vois traverser l’obscurité, se faufiler entre les gens entassés et se rendre jusqu’à moi.
Un sourire. Pour moi. Mon cœur panique, s’excite et cherche à se déterrer
de ma cage thoracique pour aller la rejoindre. Mais je n’ai pas son courage et je l’empêche.

Dans ses yeux, je peux voir qu’elle attend de moi, un sourire-retour. L’idée me charme et je vais sauter sur l’occasion. Parce qu’il n’y a rien de pire que de décevoir une femme. Je prends mon courage à deux mains et je viens pour lui répondre, je ne sais pas ce qui se passe, mais je n’y arrive pas.
Mon corps ne répond plus. J’use toute l’énergie du désespoir, mais je n’arrive pas à sourire. Soudain, un homme à côté de moi, un homme à la moustache retroussée, une moustache qui déploie ses biceps, me tend un minuscule miroir. Je me regarde dans la glace. Et c’est à ce moment que je me rends compte que j’ai oublié mes sourires à la maison. La femme déçue se rendort.

© Pascal Lafond