Lundi 10 septembre 2007

Lundi 10.09.2007

L’homme de sable avait disparu sans laisser aucune trace. Bouffé par les abeilles, la seule chose qui restait de lui était un sandwich.

Sa main, séparée de son corps, traînait au sol et empoignait toujours ledit sandwich chargé de mayonnaise aux quatres moutardes, luzerne biologique, lardon végétarien, poivrons marinés, fromage de chèvre, de zestes de citron et de tofu. Sans toutefois oublier la fleur de sel et un peu de poivre long quand même…

Ce n’est pas parce qu’on est échoué sur une île déserte qu’on manque de goût !

Sa main sur le sol s’obstine et tient toujours le sandwich qui titille de son parfum le nez de ces bestioles jusqu’à les rendre folles !!!
Prêtes à tout pour se faire exploser l’abdomen et ne redoutant aucunement les reflux gastriques et les gênantes flatuosités, les petites bestioles (ou les bizbiteuse pour les intimes) s’adonnent maintenant à une liberté gastronomique. Elles mangent de tout : fleurs, fruits, arbres, sable, tout !!! Rien ne leur résiste.
Et croyez-moi, nous n’allons pas y faire exception…
L’appétit vorace des bizbiteuses avait transformé ce paradis sur mer en une île chauve, fade et insipide. L’île rétrécissait à chaque jour. N’ayant rien mangé depuis des lunes, je refuse de laisser filer l’occasion de déguster un sandwich. J’étais prêt à tout.

Profitant de leur désordre occasionné par cette excitation gustative qui les fait ainsi cacophonier d’un « bizzzz » et ou le dard pointe vers le haut, je prends mes jambes à mon cou, j’empoigne le sandwich et au moment où ma main s’empare du trésor comestible, je décoche un cri à Anna : « Sauve qui peut !!!!! »
Anna, qui s’était endormie au soleil, se lève la tête drastiquement, comme si elle venait de voir un fantôme ou d’entendre la chanson « Dominique-que-nique-que-nique… »

Et c’est lorsqu’elle me voit courir à m’en faire pleurer de sang les poumons qu’elle se lève et qu’elle court à son tour.
Nous courons, nous courons et nous courons encore. Pourchassés par
ce gigantesque nuage d’abeilles, je laisse filer à contre cœur quelques morceaux du sandwich en ne souhaitant qu’une chose, atteindre notre maison de métal, certes, mais que le tofu reste emprisonné entre les tranches de miches.

© Pascal Lafond