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Dimanche 16 septembre 2007

16.09.07

Dans l’eau glaciale, la stupeur me paralyse. Je suis face à moi-même et je n’y peux rien. Je n’y comprends rien. La mort, je suppose. Cette chose me sourit. Elle s’approche de moi et d’un coup sec, m’entoure de ses bras, me serre contre elle. La pression est si forte que la masse s’introduit à l’intérieur de moi par les pores de ma peau. Noir. Ellipse.

Je reprends conscience. J’entends des sons. Étouffé par quelque chose.
Je ne peux pas bouger. Je sais que je suis encore en vie, mais je ne peux pas bouger. Tout mon corps est paralysé. Coincé dans une matière. Je ne peux pas ouvrir les yeux. Je vacille un peu les doigts et j’arrive à déplacer cette enveloppe. Je comprends alors que je suis sous terre. Les autres m’ont repêché et m’ont enterré. Mes dents confirment la chose lorsqu’elles se grafignent des grains de sable. J’ai du mal à respirer d’autant plus que mon cœur palpite de panique. Au-dessus de moi, je les entends. Leur vie continue. J’essaie en vain de crier, mais la terre compresse ma bouche.

Je déploie tous mes membres disponibles pour déplacer le sable qui m’emprisonne. Pendant des heures, je me démène pour gagner quelques centimètres de liberté. Mourir deux fois dans la même journée est chose inespérée. Ma conquête s’étale sur quelques heures. Au bout d’un certain temps, il commence à pleuvoir. Le sable laisse échapper quelques larmes. Mais cette tristesse se transforme en tempête. Le sable se modifie. Devient quelqu’un d’autre. Ma prison se ramollit. La boue me laisse me déplacer.
Je me dégage du mieux que je peux, mais au moment où je viens pour me relever sur mes jambes, je faiblis, je bascule et tombe à nouveau au sol.

À plat ventre dans la boue. Le visage plongé dans une accumulation d’eau, je revis la sensation de noyade. À ce moment bien précis, j’éprouve à nouveau le désir de mourir. Temps. Je me retourne sur le dos. Épuisé de tout ce cirque. La pluie nettoie mon visage. L’eau emporte avec elle des morceaux d’île. Je ne suis plus rien. Autour de moi, il n’y a plus rien. Les autres semblent disparus. Je veux rester là et me laisser mourir pour la troisième fois aujourd’hui. Et vous comprendrez pourquoi. À côté de moi, la pluie qui se déchaîne sculpte dans la boue sa plus belle œuvre. À côté
de moi apparaît le corps inerte d’Anna.

© Pascal Lafond

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